Afrique

Corruption au Nigeria: Shell et ENI dans le viseur de la justice

Une affaire de détournement de fonds au Nigeria pourrait bientôt faire l'objet d'une procédure en Italie: l’affaire du bloc pétrolier OPL 245, dont une partie du produit de la vente a atterri dans la poche d'un ministre.

Katmandu Nepal Petrol Benzin Treibstoff Rationierung (Reuters/N. Chitrakar)

Dan Etete, ancien ministre du Pétrole dans les années 1990 et condamné en 2007 en France pour des transactions financières illégales, est mis en cause dans cette affaire. Il aurait joué un rôle controversé dans la revente de ce bloc dont les réserves sont estimées à quelque 9,3 milliards de barils. Le permis d’exploitation a été raflé en 2011 par le pétrolier anglo-néerlandais Shell et son allié italien ENI.

 Pendant des années, Shell avait affirmé ne rien savoir sur le rôle de l’ancien ministre nigérian Dan Etete lors de l'achat d'un des plus grands champs pétroliers au Nigeria. Mais récemment, l'organisation écologiste britannique « Global Witness » a levé le voile en publiant des courriels confidentiels sur la transaction.

Dan Etete, ancien ministre du Pétrole au Nigeria, est propritétaire de la société qui a encaissé une partie de l'argent versé par ENI et Shell

Dan Etete (à d.), ancien ministre du Pétrole au Nigeria, est propritétaire de la société qui a encaissé une partie de l'argent versé par ENI et Shell

L'affaire remonte à 2011. A cette époque, Shell a payé en même temps que la compagnie pétrolière italienne ENI 1,3 milliard de dollars américains pour le permis d’exploitation du bloc pétrolier OPL 245. Le hic, c'est qu'une grande partie des paiements a atterri dans les caisses de la compagnie Malabu. Une société contrôlée par Dan Etete. Selon les enquêtes menées par le bureau du ministère public italien et Global Witness, une partie importante de l'argent transféré a été utilisée pour verser des pots de vin à des politiciens de haut rang du Nigeria et le nom de l'ancien président Goodluck Jonathan apparaît également à plusieurs reprises.

"Shell et ENI savaient..."

Sur l’affaire, Shell et ENI n’ont pas souhaité s’exprimer. Mais contrairement à Shell, ENI continue de soutenir la version de l'achat du champ pétrolier uniquement auprès des organismes gouvernementaux officiels. Dans une déclaration écrite à la Deutsche Welle, la société explique: "l'enquête indépendante commandée par ENI a confirmé la procédure d'acquisition de l'OPL 245 et n'a trouvé aucune preuve crédible de l'implication du personnel d'ENI dans des activités de corruption envers des responsables du gouvernement nigérian, ni aucune connaissance de l'existence même de telles activités par des tiers en relation avec la transaction"

Shell est déjà dans le collimateur en raison de la pollution de ses exploitations de pétrole dans la région du Delta du Niger

Shell est déjà dans le collimateur en raison de la pollution de ses exploitations de pétrole dans la région du Delta du Niger

Des déclarations qui laissent sceptique Barnaby Pace de Global Witness. Pour les activistes, les compagnies pétrolières ont non seulement violé la loi mais aussi trompé le peuple nigérian: "Il ne fait aucun doute que Shell comme son partenaire italien ENI savaient qu'ils payaient Dan Etete pour le bloc pétrolier. C'est horrible en termes de conséquences pour le peuple nigérian. Cinq millions de Nigérians sont actuellement confrontés à une famine. Et plus d'un milliard de dollars ont été détournés loin du peuple. Cela représente environ une fois et demie de ce que l'ONU dit être nécessaire pour faire face à la crise actuelle ".

Plusieurs pays impliqués dans l'enquête

Au total, six pays sont impliqués dans l'enquête en cours contre Shell et ENI. Plus de 100 millions de dollars ont été gelés en Suisse et au Royaume-Uni. Outre l'Italie, le Nigeria prépare une action en justice; le Parlement nigérian a mis en place une commission d'enquête. Quelques mois avant d'acheter le champ pétrolier en 2011, Shell avait accepté le paiement de 30 millions de dollars américains pour éviter une condamnation dans une autre affaire de corruption présumée au Nigeria. A cette époque, la société s’était engagée à améliorer ses contrôles internes afin de prévenir la corruption.

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