Afrique

Katumbi bientôt de retour en RDC ?

L’opposant congolais en exil a annoncé son intention de regagner la RDC pour préparer la prochaine élection présidentielle, malgré la promesse des autorités de Kinshasa de l’arrêter dès son retour.

Écouter l'audio 10:32

"Je veux rentrer pour faire la campagne dans mon pays"

L’ex-gouverneur du Katanga, qui vit en exil depuis un an en Belgique, a confirmé à la Deutsche Welle sa volonté de rentrer à Kinshasa, dans la perspective de la présidentielle prévue en novembre de cette année. Son retour, selon lui, se ferait dans l'esprit de l'accord du 31 décembre 2016. 

Dans un rapport confidentiel rédigé par l’épiscopat catholique, les évêques congolais ont plaidé auprès du président Joseph Kabila pour le retrait de la décision d’arrestation immédiate de l’opposant. La conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a exhorté le chef d’Etat congolais d’accepter le "retour en homme libre" de Moïse Katumbi, "afin qu'il exerce ses droits civils et politiques". 

Moïse Katunbi est poursuivi par la justice congolaise dans une affaire de recrutement présumé de mercenaires. Il a déjà été condamné à trois ans de prison pour spoliation d'immeuble. Les autorités congolaises comptent l’interpeller dès son retour. Mais l’ex-allié du président Kabila, passé à l’opposition en 2014, ne craint pas les menaces. Il s'exprime d'abord sur l'évasion spectaculaire survenue mercredi à la prison centrale de Kinshasa.

Veuillez cliquer sur l’image pour écouter l’interview. Et retrouvez ci-dessous la retranscription d'une partie de l'interview. 

DW : Cela fait déjà plusieurs mois que vous vivez en exil en Europe. Est-ce que vous avez bon espoir de retourner dans votre pays un jour ? 

Vous savez, je suis injustement en exil en Europe. Il y a un gouvernement qui ne veut pas entendre parler de Moïse Katumbi. Ils sont là pour monter des faux dossiers contre Moïse Katumbi. C'est de l’acharnement contre la personne de Moïse Katumbi. Donc je veux rentrer pour faire campagne dans mon pays parce que je sais que l’accord de la Saint-Sylvestre est là et que nous devrions avoir les élections au mois de novembre. Donc je vais rentrer. J’ai d’abord voulu privilégier l’accord de la Saint-Sylvestre pour que je puisse rentrer au pays en homme libre. 

DW : Vous voulez rentrer à Kinshasa, mais est-ce que vous ne craigniez pas de vous faire arrêter juste après votre descente d’avion à l’aéroport de Ndjili ? 

Vous savez, d’abord il y a eu le rapport de la CENCO. Ce n’est pas la première fois que Moïse Katumbi a été traduit en justice. La première fois c’était en Belgique en 2010, une année avant les élections. Il y a eu un non lieu, donc j’ai gagné le procès. Deux semaines après c’était en Angleterre. Ils avaient commencé avec les faux dossiers des mercenaires. Si vous aviez lu le rapport des évêques, dans leurs conclusions, ils ont parlé de mascarade. Et je sais que je vais rentrer. Je sais aussi que le gouvernement ne veut pas que je rentre parce que je suis quelqu’un qui pourrait amener les changements dans notre pays. Cet accord a permis à ce que le président Kabila puisse rester une année au pouvoir. Et cet accord a libéré aussi le premier ministre Bruno Tshibala.  

Justement, comment réagissez-vous à la nomination de Bruno Tshibala ? Vos amis du Rassemblement pensent que sa nomination n’obéit pas à l’accord de la Saint-Sylvestre ? 

Non, sa nomination n’obéit certes pas à l’accord de la Saint-Sylvestre mais la décrispation l’a aidé à sortir de la prison. La même décrispation a aidé Roger Lumbala à regagner le pays, tout comme d’autres prisonniers politiques et d’autres exilés politiques. Sauf la personne de Moïse Katumbi et Jean-Claude Muyembo.

DW : Est-ce que vos amis du Rassemblement ou bien plus généralement de l’opposition n’ont pas intérêt à ce que vous restiez en exil ?

Dans le Rassemblement, nous sommes unis. Toutes les plateformes sont là. Il y a quelques individus qui sont partis, peut-être pour des intérêts personnels. Pour moi, avec le Rassemblement, ce que nous sommes en train de privilégier aujourd’hui ce sont les élections. Il faudrait qu’on respecte l’accord de la Saint-Sylvestre. Ils veulent que je puisse retourner au Congo pour mener ma campagne. Je le sais. 

DW : Vous avez dit être contre les manœuvres du président Kabila de vouloir torpiller l’accord de la Saint-Sylvestre. Pourtant, votre frère Raphaël Katebe Katoto est, lui, rentré en février et semble apparemment en bons termes avec le pouvoir. Est-ce que cette attitude de votre frère ne vous fragilise-t-elle pas ?

Pas du tout. Quand j’avais démissionné, si vous allez voir le communiqué même sur mon compte Twitter, j’avais dénoncé les manœuvres du président Kabila. Le gouvernement en place avait réagi en disant que c’était très faux, vous allez voir que le président allait respecter la Constitution de notre pays. Les gens me donnent aujourd’hui raison. Concernant mon grand frère, il a choisi le camp du président Kabila, c’est son choix. Moi j’ai quitté la majorité présidentielle parce que je ne voulais pas hypothéquer l’avenir du peuple congolais. 

DW : Est-ce que vos relations sont au beau-fixe ? Est-ce que vous vous parlez toujours avec Raphaël Katebe Katoto ?

La famille reste la famille. La politique c’est la politique. Il faut faire la part des choses. Moi je suis dans le Rassemblement. Lui est allé du côté de la majorité présidentielle. C’était la même chose bien avant : moi j’étais avec Kabila, lui était à l’opposition. Donc la famille reste la famille. Je ne voudrais pas mélanger la politique avec la famille. 

DW : Maintenant que Bruno Tshibala a été nommé Premier ministre et que son gouvernement a été formé, contre l’avis du Rassemblement, qu’est-ce que vous allez faire pour accélérer la machine en vue de l’organisation à la fin de l’année des élections, notamment la présidentielle ? 

Ce n’est pas seulement contre l'avis du Rassemblement, c'est contre l’avis du peuple congolais, contre l’avis de la communauté internationale donc contre l’avis de tout le monde. C’est un gouvernement illégitime. Illégitime par que nous n’avons pas respecté l’accord de la Saint-Sylvestre. C’est pourquoi je demande à l’Union africaine et à la Communauté internationale qu’on puisse appliquer cet accord, que nous puissions avoir les élections au moins de novembre 2017. Le président Kabila est en train d’encadrer l’insécurité au niveau de notre pays aujourd’hui pour qu’on n’organise pas les élections. Vous allez voir qu’ils vont encore créer une rébellion au Bas-Congo pour ne pas organiser les élections. On connait leur tactique. Donc pour nous, au mois de décembre, le président Kabila ne sera plus président de la République. S’il veut forcer les choses, c’est son problème. Au moins on a été de bonne foi. On voulait que le président quitte le pouvoir par la petite fenêtre qui restait. Le 19 décembre 2016, il aurait pu partir par la grande porte et aurait été un grand homme. Aujourd’hui, il lui reste une seule petite chance, c’est de respecter l’accord de la Saint-Sylvestre. C’est l’accord qui amène la paix. C’est l’accord que nous devons tous respecter pour le bien de notre pays. 

DW : Et si la présidentielle avait lieu en décembre de cette année, est-ce que vous serez le candidat du Rassemblement ?

Je serai candidat. Moïse Katumbi fait peur parce que je vais changer notre pays. Je voudrais que les Congolais soient respectés et que les Congolais puissent jouir de leurs richesses. 

DW : Est-ce que vous avez des attentes particulières de l’Allemagne ?

L’Allemagne est un grand pays. C’est un pays qui nous aide beaucoup. Même quand j’étais gouverneur, j’ai gardé des très bons souvenirs de l’Allemagne. Je demanderai à la chancelière de pousser à ce que cet accord soit appliqué. Pour que le Congo qui est à genoux aujourd’hui puisse retrouver le sourire. Pour que les gens qui sont en train de bloquer l’accord puissent comprendre qu’il y a un temps pour tout. Et que le président Kabila puisse vivre la première alternance démocratique dans notre pays et voir comment le prochain président va gouverner le pays. 

DW : Vous avez un appel particulier à lancer à vos compatriotes ?

Je voudrais demander à nos compatriotes d’être très vigilants, de ne plus accepter la distraction, de surtout protéger l’accord parce que c’est l’accord qui va nous amener jusqu’aux élections. Parce qu’aujourd’hui, le gouvernement est là pour pouvoir créer des instabilités, à gauche, à droite. Il faudrait que cette population nous aide à contrer le gouvernement à ne pas déstabiliser notre pays. Et ils doivent savoir, que le seul salut est la démocratie, ce sont les élections, pour redonner confiance au secteur privé, à nos partenaires. 
 

 

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