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Burundi, l'ultimatum et après?

Domitille Kiramvu6 novembre 2015

Samedi 7 novembre. Les Burundais retiennent leur souffle, craignant des violences à l'expiration de l'ultimatum de Pierre Nkurunziza. La police pourrait utiliser tous les moyens pour désarmer les civils. Commentaire

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Domitille Kiramvu, journaliste burundaise en exil
Domitille Kiramvu, journaliste burundaise en exilImage : DW

Pierre Nkurunziza a lancé lundi un ultimatum de cinq jours à tout détenteur illégal d'armes à feu à les déposer au plus tard le 7 novembre.

Son discours suscite la peur déjà intensive au sein de la population de la ville de Bujumbura. Car il reflète les menaces d'extermination des quartiers prononcés ouvertement par le président du Senat Réverien Ndikuriyo lors d'une réunion avec les responsables administratifs de la capitale. Il a invité des responsables des quartiers de Bujumbura à se tenir prêts pour « travailler ». Un terme qui rappelle les heures sombres du Rwanda ou « travailler » était un code utilisé pour signifier « exterminer ». Réverien Ndikuriyo a tenu des propos incendiaires, utilisant des termes faisant référence au génocide des tutsis au Rwanda en 1994 pour évoquer la répression vis à vis des manifestants anti-troisième mandat, qualifiés ici, de criminels, qualifiés là, de terroristes.

Climat plus que tendu

Le président Nkurunziza a donné l'ordre à la police d'user des "techniques qu'elles a apprises"
Le président Nkurunziza a donné l'ordre à la police d'user des "techniques qu'elles a apprises"Image : picture-alliance/Anadolu Agency/Y. Rukundo

L'ultimatum du président Nkurunziza intervient au moment ou les assassinats et les disparus ne se comptent plus dans la ville de Bujumbura depuis le début de la répression des manifestants anti troisième mandat, des actes imputés à certains membres des services de sécurité et des jeunes du parti au pouvoir CNDD-FDD, les Imbonerakure.

En effet, cet ultimatum s'adresse à certains quartiers qui ont contesté son troisième mandat. Il s'agit de Nyakabiga, Ngagara, Mutakura, Musaga, Cibitoki, des quartiers majoritairement tutsis. Les autres quartiers à majorité hutu ne sont pas concernés par cet ultimatum. Il s'agit de Buterere, Buyenzi et Kanyosha. Ce qui est paradoxale parce que ces quartiers ont également manifesté. Ce n'est pas pour dire que les hutu ne sont pas visés par la dictature de Nkurunziza.

Nkurunziza a réussi à ethniser un conflit qui était jusque là politique. Il a envoyé ses ténors pour sillonner le pays pour enseigner une idéologie ethniste, leur proposant de diffuser des textes montrant que ceux qui luttaient contre le 3eme mandat n'étaient que des tutsis. Ils disaient en termes voilés : « Ce sont ceux là qui ont gardé le pouvoir pendant 40 ans et qui ont endeuillé ce pays, qui veulent revenir au pouvoir en prétextant lutter contre le troisième mandat ». Ses ténors en profitaient pour lancer une alerte sentimentaliste et ethniste dans les milieux hutus.

L'histoire va-t-elle se répéter?

Les jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, sont accusés de nombreux abus et atrocités
Les jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, sont accusés de nombreux abus et atrocitésImage : Getty Images/AFP/C. de Souza

Les miliciens Imbonerakure qui ont été formés à Kiliba Ondes en RDC, étaient en contact avec les anciens génocidaires rwandais les FDLR, qui leur inculquaient une idéologie de haine contre les tutsis.

N'est pas pour cela que les jeunes de ces quartiers qui sont dans le collimateur du pouvoir Nkurunziza se sont procurés des armes pour leur autodéfense ? Ces jeunes-là, respecteront-ils jamais l'ultimatum qui leur a été adressé pour remettre leurs armes ? Ce qui risque de se produire, c'est un bain de sang, si rien n'est fait.

Cela étant, la situation actuelle est telle que les uns détiennent illégalement le pouvoir, les autres détiennent illégalement les armes. Que les deux les remettent en même temps et sans ultimatum pour que les burundais aient la paix.