Cameroun : le sort des enfants déplacés

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08.03.2019

Ecoutez le reportage de notre correspondant

La guerre se poursuit au Cameroun anglophone et la pression des déplacés internes pèse sur la partie francophone du pays. Parmi eux se trouvent des milliers d'enfants. Reportage dans le département du Moungo.

Nous sommes à Nkongsamba, à deux heures de voiture de Douala. Les enfants y sont arrivés en traversant le fleuve, en marchant dans la forêt, ou par la route. Derrière eux, au sud-ouest anglophone du Cameroun,  beaucoup ont laissé leurs maisons en ruine, des morts, et surtout la guerre qui continue d’opposer les séparatistes aux forces gouvernementales.

Ces enfants ne sont pas arrivés seuls dans le département du Moungo. Certains sont en compagnie de leurs parents, comme Guider Briget Minake :

"Je prie pour que la guerre s’arrête. Parce que nous souffrons réellement. C’est difficile de vivre loin de chez soi. La maison c’est la maison. Que la guerre finisse et que nous rentrions chez nous."

Certes, la guerre est pour l’instant derrière eux mais il est difficile pour ces populations de vivre sans abri. Ditchou Hissein Tchiè se sent désormais comme un étranger dans son propre pays :

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"Tout est au-dessus de mes capacités. Nos parents qui sont haut placés, nous les remercions, les prions qu’ils fassent tout pour que la paix revienne parmi nous. Même si nous recevons des aides nous sommes toujours sans maison."

6.500 enfants déplacés

Un peu plus de 6.500 enfants déplacés internes sont à ce jour enregistrés au ministère de l’Education de base, répartis dans 13 arrondissements du département du Moungo, dans la région francophone du Littoral.

Kenou Augustin est chargé des examens et concours : 

"En raison de ce flux, nous avons éprouvé des difficultés car certains enfants arrivent sans actes de naissance, ils arrivent sans manuels scolaires, sans tenues de classe. A ce sujet, le gouvernement de la République a fait des efforts considérables. D’abord, pour résoudre la pléthore d’enfants dans les salles de classe, des actes spéciaux ont été pris pour ouvrir des écoles dans des zones à forte concentration. Je cite par exemple le cas de Loum où un GBPS (Ecole publique bilingue, ndlr) a été ouvert. En dehors de ce problème de salles de classe, pour ceux qui n’ont pas des actes de naissance, nous avons pris des mesures pour qu’ils s’inscrivent aux examens officiels."

Des soldats patrouillent dans les régions anglophones du Cameroun

La pression des déplacés internes se ressent également dans le secteur sanitaire du département du Moungo, comme l'explique le Docteur Mobi :

"Nous sommes en zone francophone mais mon personnel et moi, nous nous mettons à l’anglais. Parce qu’ils sont de plus en plus nombreux à venir ici. Nous faisons de notre mieux pour leur prodiguer les soins dont ils ont besoin, également le réconfort psychologique."

Aide humanitaire

Dans le cadre de l’opération d’aide humanitaire d’urgence lancée par le gouvernement camerounais, 100.000 familles de déplacés ont reçu du matériel de couchage, du matériel d’hygiène et des aliments.

Mais aucune aide ne peut valoir la paix, selon Lydie Mbon, une francophone qui vivait en zone anglophone avant la guerre :

"Je sors de Limbe où je faisais des affaires. Cette discrimination entre francophones et anglophones n’est pas encore arrivée au centre de Limbe. Mais ça peut arriver. Nous souhaitons la paix parce que nous avons déjà des frères et des sœurs de l’autre côté. On ne peut plus se rendre visite. Ce n’est pas bon."

Le conflit qui oppose les séparatistes anglophones au régime de Yaoundé se déroule aussi sur le terrain de la justice.

Les audiences des leaders au tribunal militaire de Yaoundé se poursuivent, alors que la Haute Cour de Justice du Nigeria, à Abuja, vient de reconnaître que ces leaders, qui risquent la peine capitale, sont des refugiés.

Ceux-ci avaient été arrêtés au Nigeria et conduits ensuite de force au Cameroun, ce qui pourrait signifier la légalité d’une demande réclamant leur retour au Nigeria.

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