Hendrik Witbooi, le combattant namibien rusé politiquement

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03:58 min
18.04.2018

Hendrik Witbooi : le portrait audio

Surnommé "le serpent dans l'herbe" par son peuple, Hendrik Witbooi a rassemblé les peuples Nama et Herero pour mener la guerre contre l'impérialisme allemand dans le Sud-Ouest africain allemand, l'actuelle Namibie.

Hendrik Witbooi est né vers 1830 à Pella, un district frontalier de la Namibie, désormais au nord-ouest de l'Afrique du Sud. Witbooi est issu d'une longue lignée de chefs Witbooi Nama, une ancienne tribu nomade du peuple Khoïkhoï d'Afrique du Sud-Ouest. En 1863, cette communauté se rend dans une zone qu'on appelle, à l'époque, le "Sud-Ouest africain", situé dans l'actuelle Namibie. C'est là qu'Hendrik Witbooi reçoit une éducation formelle, donnée par des missionnaires allemands.

Plus tard il s'installe dans les montagnes au sud-ouest de Windhoek, établissant et dirigeant une communauté Nama bien ordonnée. Il meurt le 29 octobre 1905 dans le village de Vaalgras, à la suite d'une bataille contre les colonisateurs allemands.

Pourquoi Hendrik Witbooi était-il renommé ? 
Hendrik Witbooi était connu pour son esprit vif, ses mises en garde précoces de la menace que constituait le colonialisme et ses appels pour que les tribus africaines en guerre s'unissent contre les colonisateurs allemands. Les tactiques rusées et le caractère obstiné de Witbooi dans le combat contre les occupants allemands lui ont valu le surnom de "serpent dans l'herbe" ("! Nanseb Gaib Gabemab").

Il était également respecté par les Allemands à tel point que le Général Colonel Leutwein a écrit: "Je le vois toujours devant moi ... Modeste, qui garde son sang-froid, loyal mais non sans ruse politique, jamais déviant de ce qu'il considérait comme ses droits ou ses devoirs". Witbooi a beaucoup communiqué avec d'autres dirigeants africains et européens et l'UNESCO a enregistré ses lettres et son journal (écrits en Dutch, une langue germanique) au Registre Mémoire du monde.

Comment Hendrik Witbooi est-il devenu un symbole de la résistance unie ?
Alors que les Allemands revendiquaient de plus en plus de territoires dans le sud-ouest de l'Afrique, Hendrik Witbooi écrit au chef de la tribu voisine Herero. Bien que les Nama aient mené des guerres féroces contre les Herero, Witbooi appelle alors les deux groupes à cesser de se battre et à s'unir contre les colonisateurs. L'alliance entre les deux clans est malheureusement infructueuse et, un peu plus d'une décennie plus tard, les Allemands déciment les Herero et Nama. Beaucoup considèrent aujourd'hui encore qu'il s'agit d'un des premiers génocides du 20ème siècle. Mais cet appel de Witbooi à une résistance unifiée cimentera sa réputation de grand leader.

Hendrik Witbooi n'a-t-il pas eu une relation "confortable" avec les Allemands ?
En 1893, les troupes allemandes attaquent la communauté montagnarde de Witbooi, tuant principalement des femmes et des enfants. C'est à ce moment-là que Witbooi décide de signer un traité de protection avec les Allemands. Il décide de collaborer avec eux pour la décennie à venir, fournissant même des troupes pour des batailles contre d'autres tribus. Il a alors une "amitié cordiale" avec le général Leutwein. Mais en 1904, Witbooi lance un soulèvement des Nama contre les occupants allemands, menant la guérilla pendant un an, avant d'être mortellement blessé.

Des citations célèbres d'Hendrik Witbooi
"Nous n'avons pas donné notre terre, et quand celle-ci n'a pas été donnée par le propriétaire, elle ne peut pas être prise par une autre personne."

"Quand un chef se trouve sous la protection d'un autre, le sous-fifre n'est plus indépendant et n'est plus maître de lui-même, ni de son peuple, ni de son pays."

Avant de mourir sur le champ de bataille, Witbooi dit : "C'est assez. Les enfants devraient maintenant se reposer."

Quel souvenir a laissé Hendrik Witbooi ?
Hendrik Witbooi reste une grande figure de l'indépendance de la Namibie. Une indépendance que le pays a finalement obtenue en 1990. Son visage orne les billets de banque de 50, 100 et 200 dollars namibiens. Son esprit révolutionnaire et son rôle dans la prise d'armes contre l'impérialisme allemand et la défense de son pays sont toujours enseignés et reconnus dans les écoles du pays aujourd'hui.

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Victoria Averill, Renate Rengura et Gwendolin Hilse ont contribué à ce récit, qui fait partie de la série "Racines d'Afrique". Une série lancée début 2018 par la Deutsche Welle, en coopération avec la fondation Gerda Henkel.

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