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"Les candidats en lice au Bénin sont tous proches du pouvoir"

Rodrigue Guézodjè
31 mars 2021

Interview avec Hans Joachim Preuss, représentant de la Fondation allemande Friedrich Ebert à Cotonou.

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La situation sociopolitique au Bénin, décryptée par le représentant résident de la fondation allemande Friedrich Ebert.

La politique de développement et de modernisation mise en œuvre dans le pays n'impacte pas encore suffisament la vie des populations, fait observer Hans Joachim Preuss. Il revient également sur le processus électoral en cours. Il intervient au micro de Rodrigue Guézodjè.

***

Hans-Joachim Preuss bonjour!

Bonjour.

Comment appréciez vous la situation socio économique actuelle du Bénin?

Le pays est en train d'avoir un programme très, très ambitionné pour moderniser les infrastructures, pour accélérer le développement agricole et développement économique, intéresser le secteur privé. Mais il faut dire que la situation d'une grande partie de la population n'a pas trop changé. On a de belles infrastructures. On a de belles routes. Par contre, la situation des femmes, par exemple dans les villages, n'a pas changé pendant les trente dernières années.

Vous voulez dire que les chantiers amorcés depuis cinq ans n'impactent pas encore le quotidien des Béninois?

Je dirais pas suffisamment. Il y a un impact parce qu'avec les travaux d'infrastructures, on emploie pas mal de gens pauvres aussi. Les gens qui travaillent en tant que manœuvres. Les succès de la filière coton profitent aussi aux producteurs de coton dans les zones nord du pays. Donc là, je crois qu'il y a quand même un impact. Mais cet impact n'est pas suffisant pour changer la situation économique et sociale de la plupart des couches défavorisées de la population.

Quel est le regard actuel de la Fondation Friedrich Ebert sur l'évolution du processus électoral, un processus qui va aboutir au scrutin du 11 avril?

On ne peut pas juger les présidentielles sans prendre en considération aussi les législatives de 2019 qui ont amené à une Assemblée nationale monocolore. Ce Parlement monocolore a permis au pouvoir de changer certaines lois qui ont aussi joué en faveur des élections communales de l'année 2020. Parce que là, une grande partie ses élus et des maires sont actuellement aussi les représentants de la mouvance présidentielle. Et maintenant, les candidats qui ont besoin de parrains n'ont aucune chance. Et si cette chance n'est pas accordée par le président, les trois candidats qui sont restés en lice sont des candidats du pouvoir, c'est très, très clair. Et je crois que les élections sont jouées d'avance.

Vous avez d'ailleurs écrit un article là-dessus. Qu'est-ce qui vous fait dire que l'issue de ce scrutin est déjà connue?

Si, par exemple, nous avons 83 députés à l'Assemblée nationale, ils sont tous de la mouvance présidentielle et nous avons 77 maires, dont 61, 71 portent aussi les couleurs des partis qui soutiennent le président. Et comme il faut au moins dix pourcent des maires et des députés pour avoir le droit à la candidature, il est tout à fait clair que ce n'est pas possible pour un indépendant ou pour un opposant de rentrer dans ce scrutin.

Donc, c'est plié?

 Oui, c'est plié.

Est ce que la société civile parvient tout de même à jouer librement son rôle?

Dans le contexte actuel, je dirais que certainement, il y a quelques organisations de la société civile qui s'occupent aussi des questions politiques. Il n'y en a pas beaucoup, mais il y a quelques-unes qui s'en occupent. Là aussi, on peut constater qu'elles sont un peu intimidées et elles n'osent plus s'exprimer librement. Je déplore cela parce que cette liberté d'expression, c'est un facteur constituant pour une démocratie. Et si ça n'existe plus, la démocratie va mourir

A quelques jours de la tenue de cette présidentielle du 11 avril, vous avez eu une séance de travail avec une délégation de la Cédéao. Quel a été le menu de cette concertation?

D'abord, je félicite la Cédéao pour avoir envoyé une mission d'observation pour une longue durée composée de 12 membres. Et ils vont préparer la mission de courte durée qui va arriver avant les élections. Elle est composée de 80 observateurs de la Cédéao. Je crois que sur le plan international ou continental, c'est une bonne chose d'avoir des missions d'observation, mais ils s'intéressent surtout à la manière dont les candidatures ont été préparées, pour voir si les élections peuvent se dérouler dans la paix et sans violence.

Est-ce que la situation actuelle peut mener à une paix sociale durable?

Nous avons donné notre position ou nos observations. Je crois qu'ils en ont pris bonne note.

Et au regard du climat préélectoral tendu qu'on a observé jusque là, craignez vous le pire pour la campagne électorale et le scrutin même?

Non, je crois que le gouvernement a pris des mesures pour étouffer la violence et aussi les manifestations contre le déroulement des élections. Je ne crois pas qu'il y aura beaucoup de violence. Et moi, je n'accueillerai jamais aucune forme de violence.

Je vous remercie.

Merci.