Manifestations contre la pénurie de gaz au Tchad : des arrestations

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02:08 min
25.04.2019

Récit de la manifestation et réactions par Blaise Dariusto...

Treize manifestants ont été arrêtés ce jeudi à N'Djemana lors d'une marche contre la pénurie de gaz dans le pays. La manifestation avait été interdite par le ministère de la Sécurité.

Au Tchad, treize manifestants, dont des artistes et activistes, ont été arrêtés au cours d'une marche pacifique de protestation contre la pénurie du gaz butane, ce jeudi matin, à N'Djamena. Annoncée sur l'ensemble du territoire national, la marche n'a été observée que dans la capitale tchadienne par une poignée de manifestants. En effet, cette manifestation avait été interdite par un arrêté du ministre la Sécurité et son initiateur, Versinis Nelly Dingamnayel, président du Collectif tchadien contre la vie chère, a été contraint par les autorités d'appeler à l'annulation de la marche. La pénurie dure depuis des mois dans le pays

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Arrestations violentes

Il était six heures du matin lorsque les manifestants ont décidé de braver l'interdiction et ont commencé par marcher de l'Assemblée nationale vers le centre de la capitale. C'est alors que les éléments de la police nationale déployés aux alentours du bâtiment de l'Assemblée nationale ont procédé à leurs arrestations. Treize personnes, dont deux artistes rappeurs, deux comédiens et neuf activistes, parmi lesquels deux femmes, ont été interpelés, frappés et jetés dans deux pickups qui les ont ensuite conduit en direction de la coordination de la police nationale.

Les manifestants étaient descendus très tôt ce jeudi dans les rues de N'Djamena

"Dérive grave contre les libertés publiques"

Des arrestations qui ont provoqué la colère de Mahamat Nour Ahmat Ibedou, secrétaire général de la Convention tchadienne pour la défense des droits de l'homme. "Les camarades ont décidé de braver cette interdiction parce que la constitution est au dessus de l'acte administratif posé par le ministre qui interdit une marche", réagissait-t-il juste après dénonçant une "dérive grave contre les libertés publiques". Mahamat Nour Ahmat Ibedou exige la libérations des manifestants. "Nous rendrons le gouvernement responsable de ce qui adviendra de leur intégrité physique parce qu'ils n'ont fait qu'exercer un droit constitutionnel. Et nous maintiendrons la pression jusqu'à ce qu'ils soient libérés." 

Pressions sur l'organisateur de la marche

Deux jours avant la marche, l'initiateur principal de l'action, Versinis Nelly Dingamnayel, avait donc été arrêté lui aussi. Versinis a été ramené mercredi après midi à son domicile, par les agents de la police et des renseignements généraux, qui l'ont contraint à réclamer la suspension de la marche, dans une déclaration lue à la presse.

Un acte inadmissible pour beaucoup. "Toute déclaration sous l'emprise de la contrainte et de la violence est nulle", estimeMaitre Laguerre Djerandi Dionro, avocat au barreau du Tchad et juriste consultant. "Je me dis aussi que le courage a manqué à Versinis  par ce que lorsqu'on est un leader et qu'on est convaincu de l'engagement qu'on a pris, en connaissant les risques, alors mis dans cette situation ou la presse est présente, même si au départ on voudrait m'obliger à signer un acte ou à faire une déclaration, ce serait le moment ou jamais pour moi de dire : je ne peux pas faire cette déclaration. Et la presse est témoin." 

"Signal négatif pour les droits humains"

Depuis des mois des familles n'ont plus accès au gaz au Tchad

Dans un communiqué, Amnesty International a déclaré que l'interdiction de la manifestation pacifique de ce jeudi au Tchad est un signal négatif pour les droits humains. Pourtant, il y a moins de cinq mois, les autorités avaient accepté les recommandations de la communauté internationale visant à amender les textes restrictifs sur les réunions publiques et protéger le libre exercice du droit de manifester pacifiquement.  Pour Amnesty International, par cette décision, les autorités tchadiennes indiquent leur manque de volonté à créer un environnement dans lequel des citoyens peuvent exercer leurs droits fondamentaux sans crainte.

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