Les étudiants étrangers bienvenus en Allemagne // L'entreprenariat noir s'expose au Brésil

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La France veut attirer les étudiants étrangers sur son sol mais prévoit dans la foulée une hausse drastique des frais d'inscription... En Allemagne, des mesures similaires ont entraîné une baisse du nombre d'étudiants dans le Land de Bade-Wurtemberg. // Le mois de la conscience noire s'achève au Brésil... Rencontre avec des créateurs et d'artistes lors d'une foire dédiée à l'entreprenariat noir.

"Bienvenue en France", c'est le nom de la nouvelle "stratégie d'attractivité des étudiants internationaux" présentée la semaine dernière par le gouvernement français.

La stratégie vise à accueillir un demi-million d'étudiants étrangers d'ici à 2027 et à favoriser les échanges universitaires: simplication des modalités d'accueil (notamment les procédures de visa), accompagnement personnalisé par un référent ou encore une meilleure accessibilité au logement pour les étudiants étrangers... les premières mesures annoncées par Édouard Philippe semblaient positives..

Et puis, patatras, est arrivée la question du financement. "Les étudiants internationaux qui ne résident pas dans l'espace économique européen paieront des frais correspondant approximativement au tiers du coût réel de leur formation", a annoncé le Premier ministre français, en ajoutant aussitôt: "Ce qui signifie que la collectivité nationale prendra encore à sa charge deux tiers du coût de leurs études".

Tollé dans les pays d'Afrique francophone

Une inscription en licence à partir de la rentrée prochaine coûtera donc 2770 euros par an contre 170 euros aujourd'hui, et il faudra débourser 3770 euros pour suivre un master ou un doctorat au lieu de respectivement 243 et 380 euros.

Alors, certes, le nombre de bourses va augmenter, mais l'annonce de cette nouvelle politique a suscité un tollé, surtout dans les pays dont viennent près de la moitié des étudiants étrangers des campus français: ceux de l'Afrique francophone. 

Ibou Diop, chercheur d'origine sénégalaise installé en Allemagne, affiche son incompréhension. "Aujourd'hui on perçoit encore la présence de la France dans nos pays, donc si vous nous dites que vos études nous coûtent plus que vous nous payez, je pense qu'on est dans une relation de chiffres qui ne reflète pas la réalité des relations avec la France", affirme l'universitaire. "Revenons sur le cours de l'Histoire et nous comprendrons pourquoi les jeunes veulent aller étudier en France."  

Des études moins chères en Allemagne

Deutschland Protestaktion gegen Studiengebühren in Stuttgart

Seul un Land, celui du Bade-Wurtemberg, a instauré des frais universitaires élevés pour les étudiants étrangers, malgré les manifestations de 2017

Ibou Diop a été un de ces étudiants sénégalais qui sont passés par les bancs d'une université française, au début des années 2000. Mais à l'époque, déjà, le coût des études était bien trop élevé. 

"Je partageais une chambre avec un ami, on payait 675 euros, pour 13 mètres carrés... La vie courante était trop chère, on travaillait mais on ne gagnait pas assez pour vivre décemment."

En 2004, Ibou Diop a obtenu une place à l'université technique de Berlin pour étudier la littérature française. Il y a trouvé des conditions d'études bien meilleures. À Berlin comme dans la plupart des universités allemandes, les frais universitaires se résument en effet à quelques centaines d'euros par an.

La question d'une augmentation y fait toutefois régulièrement l'objet de débats passionnés. En Allemagne, l'enseignement supérieur est du ressort des Länder, les États régionaux.

L'expérience peu concluante du Bade-Wurtemberg

Le Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest, est ainsi le seul Land à imposer des frais d'inscription élevés aux étudiants étrangers qui doivent débourser 1.500 euros par semestre depuis la rentrée 2017. 

Une mesure dénoncée par de nombreuses associations, dont l'Alliance contre les frais universitaires Aktionsbündnis gegen Studiengebühren (ABS).

"Il s'agissait de soit-disant mesures d'économie pour le budget de la région, il n'y avait aucune base pédagogique", explique Peter Ziegler, le coordinateur de l'ABS. "Et nous constatons actuellement que l'instauration des frais de scolarité des étudiants étrangers a eu des effets extrêmement négatifs. Beaucoup d'étudiants étrangers quittent le Bade-Wurtemberg ou ne viennent pas du tout. Le nombre de candidats et le nombre d'inscriptions ont diminué."

Symbolfoto Studenten

L'Allemagne a besoin des étudiants étrangers selon l'ABS

Depuis un an, le nombre d'inscriptions d'étudiants étrangers en première année a baissé d'environ 20%. La bonne réputation des universités de la région ne semble pas compenser le coût des études.

"Beaucoup d'étudiants étrangers viennent de familles qui n'ont pas les moyens de payer les frais universitaires", justifie Peter Ziegler, peu étonné. "Il faut dire aussi que les études en Allemagne sont déjà chères en raison du coût de la vie et les étudiants doivent maintenant aussi payer, par exemple, pour des cours de langues. Ce n'est donc pas bon marché en Allemagne, mais les étudiants viennent quand même, car il n'y a pas de frais d'études."

Ibou Diop a eu de la chance d'étudier dans une ville où la vie est globalement moins chère. Il a toutefois dû travailler jour et nuit pendant toute la durée de ses études.

"Je ne voulais pas postuler à une bourse parce c'était trop compliqué... J'ai travaillé 30 heures par semaine, dans un centre d'appel, la nuit et les week-ends, de deux heures à sept heures du matin."

La Rhénanie du Nord-Westphalie hésite encore

L'instauration des frais universitaires dans le Bade-Wurtemberg devait servir de modèle à une autre région, plus à l'ouest, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

C'était en tout cas le projet de la coalition libérale-conservatrice au pouvoir depuis 2017. Les présidents d'université, en particulier d'universités techniques, n'ont pas suivi. L'Allemagne, explique Peter Ziegler, a en effet tout intérêt à attirer ces étudiants étrangers:
 
"La science et la recherche ne fonctionnent pas du tout sans échange international, nous dépendons de ces échanges et c'est pourquoi nous avons besoin d'étudiants étrangers. Ils contribuent également à éliminer la pénurie de travailleurs qualifiés."

Ibou Diop, lui, fait partie des travailleurs qualifiés qui ont pu rester en Allemagne au-delà de leurs études. Aujourd'hui, il enseigne à l'université Humbold de Berlin et a fondé une famille sénégalo-allemande.


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